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La revengeance des duchesses

Duchesses Carnaval Québec

Manifeste des Duchesses

En 1996, l’organisation du Carnaval a décidé d’abolir la tradition des duchesses. Depuis ses débuts en 1955, les duchesses représentaient différents secteurs de la région de Québec : Cartier, Champlain, Frontenac, Laval, Lévis, Montcalm, Montmorency. Avant de devenir duchesses, les concurrentes devaient passer une entrevue au cours de laquelle on les questionnait sur leurs loisirs et leurs passions. À une certaine époque, elles devaient aussi parader sur scène. Une fois sélectionnées, elles assistaient à des cours de perfectionnement, de maintien et à des séances d’essayage. On leur remettait aussi une garde-robe comprenant un costume approprié pour chaque occasion : robe de bal, robe de cocktail, etc. Certaines années, on amenait même les belles de neige dans le Sud afin de prendre quelques clichés plus savoureux…

La reine était élue par tirage au sort parmi les sept duchesses. On déposait dans un grand baril des capsules, dont le nombre était proportionnel à la quantité de bougies vendues par duché. Les recettes de la vente de la bougie étaient remises dans les coffres de Bonhomme pour le financement du Carnaval. Le couronnement de la reine représentait un événement clé de la fête. L’heureuse élue versait quelques larmes lorsque Bonhomme déposait le diadème sur sa tête.

En 1975, ce concours a été dénoncé par le réalisateur Robert Favreau dans la production du documentaire Le Soleil a pas d’chance, puis ensuite par le collectif Les Folles Alliées, dont faisait partie la députée de Taschereau, Agnès Maltais, dans le spectacle Enfin Duchesse. On questionnait le comportement des duchesses qui paraissait façonné : on exigeait d’elles qu’elles soient parfaites et surtout semblables. Les clichés de l’époque sont révélateurs : jambes pliées au même angle, mains gantées exécutant le même geste, coiffures et vêtements identiques. Les duchesses n’étaient pas là pour exprimer leur individualité, mais pour jouer leur rôle d’ambassadrices, point.

Certes, lorsqu’elles participaient à des activités entourant les festivités du Carnaval, on ne leur posait pas de bâillon. Elles pouvaient s’exprimer librement, se faire des contacts, mais elles étaient tout de même soumises aux lois de l’étiquette et de la bienséance. Le public recevait par les journaux et la télévision  une image de duchesses uniforme, sans saveur ni couleur, qui, à part peut-être pour les dernières années, avaient peu de place pour s’exprimer librement.

Aujourd’hui, cette image reste belle, voire nostalgique, mais complètement décalée. Le féminisme a permis aux femmes de se libérer des dictats imposés par d’anciennes mentalités, et de voir éclore l’individualité de chacune, sans compromis. Cette individualité s’exprime pour nous par la créativité, et l’expressivité. C’est là que se démarque notre nouvelle proposition.

La Revengeance des duchesses propose de mettre le contenu devant le contenant. Les premières duchesses avaient des choses à dire, c’est certain. Pour preuve, elles devaient avoir du guts pour se présenter à un tel concours, qui représentait probablement la seule forme de girl power possible à l’époque! La plupart de ces femmes devaient être créatives, détenir une pensée critique aiguisée, souhaitaient peut-être même changer l’ordre mondial et discourir sans vergogne sur l’amour qu’elle portait à leur duché. Malheureusement, la formule proposée par le Carnaval ne nous permettait pas, ou si peu, en tant que public, de connaître le talent ou l’intelligence des duchesses : de les connaître véritablement en tant qu’individu doté d’une pensée critique, d’un pouvoir créatif. Nous sommes donc restés accrochés à cette image de femmes emmitouflées dans leur manteau de fourrure, faisant des bebyes, à bord d’un char allégorique.

La sélection des duchesses 2010 s’est faite en fonction du potentiel créatif de chacune et de leur possibilité à exprimer leur individualité, leur authenticité. Nous en avons identifié onze, qui représentent les différents quartiers de la Ville de Québec : Vieux-Québec, Saint-Jean-Baptiste, Saint-Roch, Saint-Sauveur, Montcalm, Sillery, Sainte-Foy, Beauport, Charlesbourg, Limoilou et finalement, même si elle n’est pas fusionnée, L’Ancienne-Lorette. Chaque duchesse est invitée à créer des billets (textes, photos, vidéos, etc.) inspirés de son quartier et publiés sur un blogue collectif. Le visiteur du blogue peut commenter les propos de la duchesse : nous voulons susciter la réflexion sur la femme d’aujourd’hui, inciter les gens à réfléchir sur Québec, donner le goût aux gens de créer avec des moyens simples, le tout teinté d’un humour grinçant et bordé d’une touche de poésie. À la fin de sa visite, l’internaute peut voter pour une reine. La reprise du concours se veut un clin d’œil à l’ancienne tradition, et satisfera, on l’espère, les nostalgiques du couronnement! Aucune larme ne sera versée…

Ce travail de création collective s’articule autour d’une pensée féministe renouvelée : la femme d’aujourd’hui est libre de penser, d’agir, de créer, mais aussi, libre d’être féminine ET féministe, d’exercer son pouvoir de duchesse, tout en demeurant elle-même. Quelle fille n’a jamais rêvé d’être une princesse?